Mon enfant a peur du noir

La peur du noir apparaît autour de deux ans, avec le développement de la vie psychique et de l’imaginaire de l’enfant. C’est aussi l’âge où il intègre qu’il peut ressentir des sentiments positifs et négatifs pour une même personne (“J’aime ma maman, mais je la déteste quand elle me gronde”). « Lorsqu’il se retrouve seul dans le noir, face à lui-même, face à ses pensées, explique la psychologue, il entre en résonance avec sa propre vie intérieure. Et cela peut lui faire peur, parce que les émotions telles que l’amour ou la haine sont très intenses. L’enjeu de l’éducation n’est alors pas d’interdire cette vie pulsionnelle, ce qui serait impossible, mais de l’aider à la canaliser, afin qu’elle ne le dévore pas. » Avec le temps, au fur et à mesure que l’enfant apprend à maitriser ses émotions et ses pulsions, la peur du noir peut changer de visage, et se transformer en une peur du châtiment. « Lorsqu’il ressent une très grande colère par exemple, il peut culpabiliser, et imaginer que des monstres vont venir le dévorer. Le noir devient alors d’autant plus persécuteur qu’il ressent des émotions hostiles, envers les autres ou envers lui-même. »

Faut-il forcer un enfant qui a peur du noir à dormir dans l’obscurité complète ? « Le rôle des parents est plutôt d’aider les enfants à s’armer pour affronter leur peur tout seuls, conseille la psychologue. » En attendant, on opte pour une petite veilleuse. On retire le manteau du porte-manteau si la forme l’effraie. Car dans l’obscurité, le familier devient non-familier. « La plupart des enfants finissent par très bien affronter seuls leur peur de la nuit et de l’obscurité, assure Lyliane Nemet-Pier. Même s’il arrive parfois que celle-ci demeure, y compris à l’âge adulte. »

Il fait des cauchemars

Il se réveille en pleine nuit, en pleurs ou très agité, et, dans un demi-sommeil, commence à raconter le loup qui lui courait après, ou la sorcière qui voulait l’attraper… Pas de doute, il vient de faire un cauchemar. Comme il nous arrive à tous d’en faire. « Face à un cauchemar, explique la psychologue, il est important de ne pas essayer de minimiser ou de dédramatiser à chaud. Il faut d’abord consoler, rassurer, prendre le temps d’écouter son enfant. Plus il est petit, plus il confond fiction et réalité, et peut avoir du mal à sortir de cet imaginaire dont il est imprégné. » Ce n’est qu’une fois qu’il sera réellement sorti de ce mauvais rêve que l’on pourra lui dire de se rendormir.

Par contre, si l’enfant a pris l’habitude d’appeler en disant “J’ai fait un cauchemar”, incapable de raconter quoi que ce soit, méfiance. « Les enfants comprennent vite que le mot “cauchemar” est aussi une formule magique pour faire venir leurs parents auprès d’eux, comme s’ils disaient juste “j’ai besoin de vous”. »

Et si les cauchemars sont fréquents ? « Il convient, d’après la psychologue, de toujours creuser un peu. De commencer par parler avec son enfant. De s’assurer par exemple qu’il n’est pas angoissé par une situation qu’il n’aurait pas bien comprise. Et, si nécessaire, d’aller consulter. »

Mon enfant rejoint chaque nuit notre lit

Lorsqu’un enfant vient chaque nuit ou presque se glisser dans le lit de ses parents, plusieurs pistes sont à explorer, d’après Lyliane Nemet-Pier. Est-ce lié à l’enfant : a-t-il peur tout seul dans sa chambre ? Peur du noir ? Est-il triste et cherche-t-il du réconfort ? Ou, est-ce lié aux questions qu’il se pose sur ses parents ? Que font-il dans leur lit quand il n’est pas là ? Vont-ils bien ? Sont-ils bien ensemble, dans le même lit ? « Dans les deux cas, il s’agit vraisemblablement d’un problème d’insécurité, que ce soit vis-à-vis de ses parents, ou vis-à-vis de lui-même. Il importe alors de parler avec l’enfant pour tenter de comprendre ce qui l’inquiète et le pousse à venir finir sa nuit dans le lit parental. » Mais quelle que soit la raison, la psychologue insiste sur le fait de rester ferme, dès le début, afin que l’habitude ne s’installe pas. « Il faut expliquer aux enfants qu’on ne mélange pas tout. Les enfants dorment dans le lit des enfants, dans leur chambre d’enfant. Les parents dans le lit des parents, dans la chambre des parents. »

 

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